Comme elle l’avait fait avec les poux (Espèces de poux, Etre, 1999 épuisé), Nicole Claveloux propose une galerie de personnages qui sont autant de prétextes à des jeux de langue. Chaque figure, à droite, propose un supposé robot (plus proche de Bruegel ou de Bosch que des mangas) associé, en page de gauche, à des facéties linguistiques : ainsi devant l’image d’un rochot-archer-sylvestre le lecteur pourra choisir entre Robot des Bois, Robeaux et Forêts, Robuscade ou trouver d’autres jeux de mots, pires encore. Et tel robot féminin semblant sortir d’une coquille marine sera ainsi associable, à Robotticelli, Robozarts, Robeauté, ou... Roploplos ! Ailleurs, Robusta (et arabica) voisineront avec Robopéra, Roboperette et son inévitable Robot-au-lait. Baroque, excessif et parfaitement gratuit, cet album claveloutien en diable, fait l’ange. Ro Bo Cou Tro ou encore ? Pour le plaisir.
L’album propose de résoudre une énigme. Quatre personnes (ayant respectivement 32, 40, 43 et 60 ans) exercent des métiers différents : garagiste, journaliste, astronome, capitaine. Chacune s’adonne à un loisir particulier (peinture, cinéma, magie, tennis) et occupe une habitation distincte (phare, péniche, appartement, chalet) avec un animal de compagnie (perroquet, chien, chat, tortue). Mais les cartes sont brouillées ! Comment associer à coup sûr tel métier, avec un âge, une habitation, un hobby et un animal ? En croisant les indices recueillis, page après page, entre textes et images, le lecteur peut rendre à César ce qui lui appartient... et déduire l’âge du capitaine. D’expérience, dès huit ans et jusqu’aux lecteurs aguerris, l’énigme est résolue en deux minutes ou abandonnée après des heures d’acharnement.
Illustrées « au pied de la lettre » avec le talent de Jens Bonnke, des expressions comme « avoir la chair de poule », « tomber sur un os » ou « se coucher avec les poules » prennent une saveur nouvelle. Et cette saveur se double d'exotisme et de bizarrerie pour les expressions traduites de l'allemand, telles « pleurer avec les loups », « avoir un ours sur le dos », « oiseau penché » ou « chien tordu »! Sur chaque double, une expression et son bref commentaire figurent à gauche sur un fond de couleur avec, tête-bêche en pied, l'équivalent en allemand, la page de droite proposant l'image.
Julie est une charmante gamine trés « nature », hyper active, tendre, un rien insolente, jamais à court d'idées saugrenues. « Un vrai garçon manqué » lui répètent ses parents, déçus qu'elle ne corresponde décidément pas à l'image qu'ils se font d'une fillette de huit ans. Si bien qu'un matin, l'ombre de Julie est devenue celle d'un petit mâle qui caricature le moindre de ses gestes. D'abord amusée par ce faux double qu'elle est la seule à voir, Julie est bientôt gagnée par un doute identitaire profond et elle tente de se débarrasser de l'usurpateur par tous les moyens : elle saute dans les flaques d'eau, claque les portes derrière elle, recherche systématiquement l'obscurité et la nuit. Mais rien n'y fait. Allez donc vous défaire d'une ombre qui n'est même pas la vôtre ! C'est, finalement, en réconfortant dans un parc un garçon que tous traitent de fille à cause de la finesse de ses traits qu'elle décidera de s'assumer malgré les pressions. Et qu'elle retrouvera sa véritable ombre. Ce livre féministe, le premier publié aux éditions Le Sourire qui mord en 1976, plus que jamais d'actualité, est ici proposé dans une forme nouvelle.
«Moi, mon nounours, il va au lit quand il veut. Il aime beaucoup
les bisous sur le ventre. Il n’est jamais prêt à
l’heure. Il connaît Zorro. Il n’a pas peur la
nuit. Il m’aime... et je l’aime.»
Les activités autonomes et les émotions prêtées
à son ours en peluche permettent à un petit garçon
de brosser le tableau de sa vie quotidienne, avec un soupçon
de revendications !
Ce « classique » introuvable, publié aux éditions
Le Sourire qui mord en 1986, a obtenu le Prix Sorcières de
l’album et celui de la Fondation de France en 1987.
Une fillette et un petit canard
sont seuls, abandonnés : « Qu’est-ce qu’on
a fait ? Et qu’est-ce qu’on va faire ? »
Emilie Christensen choisit de ne rien expliquer. Tout juste suggère-t-elle.
Le récit évolue sur un fil ténu entre sourire
et larmes, le tragique et la mélancolie flirtant avec le
réconfort et l’étayage mutuel.
La forme même du livre est originale : des bribes de textes
épars, une ponctuation minimale, aucune majuscule, de rares
images faussement maladroites... Ce petit bijou a été
primé dès sa publication par le Ministère
norvégien de la culture.
Dans cette suite de l’album Le petit canard et moi (Noël), on retrouve le caneton et Emilie, toujours seuls au monde, mais le ton a changé. La colère prend le pas sur la mélancolie. Car ça fait tellement mal parfois, et c’est tellement difficile qu’on devient méchant comme une teigne, ou comme un petit canard.

Gilbert ne sourit guère à la vie.
Et elle le lui rend bien.
La quarantaine confortable venue, Gilbert cherche à meubler
le vide laissé par la mort d’un père dont il
partageait la morne existence, réglée au millimètre.
Il adopte un chat. Lequel connaît une fin tragique. Puis un
chien dont il devra se débarrasser sous la pression des voisins.
À leur tour, un cochon, un furet, un lapin, une plante connaissent
un sort funeste au contact de Gilbert. Quand Gilbert se marie, le
lecteur redoute le pire... qui ne manque pas d’arriver car
la dame meurt en donnant naissance à un garçon. Gilbert
va surprotéger son fils, en le mettant en garde contre tout.
Ils vieillissent ensemble. Leur existence réglée et
monotone ne souffre aucune fantaisie. Et, à la mort de Gilbert,
son adulte de fils, redoutant la solitude, adoptera un chat...
Accessible dès la pré-adolescence, cet album est une
véritable proposition littéraire et graphique où
les images tiennent un discours parallèle au texte. Caustique,
cruel, mal pensant, ce livre rare et courageux est aussi une belle
réflexion sur le dur métier de vivre sans passion,
sans horizon, sans partage et sans risques.
Un vrai régal !
Konrad, un renard affamé, va engloutir un
œuf quand celui-ci donne naissance à un petit canard
qui, aussitôt, l’appelle « Papa ! » Le renard
élève, bon gré mal gré, ce caneton qu’il
nomme Lorenz, bien décidé à le dévorer
quand il sera plus gras. Lorenz qui a grandi s’éprend
d’Emma, une belle cane dodue. « De mieux en mieux »,
se pourlèche le renard… Sans se soucier du trouble
qui le gagne peu à peu…
Longtemps après, Konrad s’éteindra, entouré
de l’affection des siens.
Une belle fable.
Sur une île du Lac Victoria, vit paisiblement Mama Sambona, une reine très aimée et très âgée, dont le nom arrive un jour en tête de la longue liste de la Mort. Mais la souveraine ayant plus d’un tour dans son sac, la Mort devra s’en retourner bredouille par trois fois. Et, à ce jour, Mama Sambona est toujours vivante.
Cette édition est la reprise en petit format
relié de l’album créé en novembre 2003
pour les éditions Être… un album, toujours disponible
dans son format initial (175 x 290), traduit en douze langues, primé
dans plusieurs pays, et qui figure dans la liste de référence
de l’Éducation nationale (Cycle 2).
Les libraires peuvent se procurer un présentoir de table
en carton
(EAN 9782844070777) auprès d’Harmonia Mundi, notre
diffuseur.
Afin de pouvoir continuer à lire malgré
une longue panne électrique, une petite fille nommée
Margot invente un dispositif : souris, cage à écureuil,
dynamo et lampe de poche ! Mais voilà que la souris meurt…
Vite, Margot court en acheter une autre dans une animalerie. Mais
la nouvelle ne survit pas très longtemps. Que faire ?…
La solution, si l’on peut dire, viendra de la rencontre avec
un jeune garçon venu, lui aussi, à l’animalerie
acheter une souris. Un mâle. Les deux rongeurs se reproduiront
et la famille nombreuse des souris, nourrie au bon parmesan, pourra
bientôt générer assez d’énergie
pour la lumière... et la tondeuse à gazon.
Rien de très rationnel dans cette bonne occasion de réfléchir,
dès le plus jeune âge, aux tours et aux séductions
de l’exploitation.
Les petits interdits qui jalonnent la vie des enfants sont accompagnés de légendes plus ou moins fantasmatiques : trop boire donne des grenouilles dans le ventre, le tétanos guette l’imprudent au jardin, lire aux toilettes enrhume, l’appendicite vient des noyaux de cerises avalés et si tu louches comme ça, tu resteras coincée... L’auteure fait l’inventaire de ces mises en garde qui les empêchaient, elle et les autres enfants de la famille, d’être ordinairement turbulents... jusqu’au jour où, son frère qui n’avait vraiment rien fait pour mériter un tel châtiment, a eu trois côtés fêlées par la chute imprévisible... d’une vache ! Cette injustice flagrante rendit les enfants de la famille très dubitatifs et bientôt, ils mangèrent de la neige, grimpèrent dans les arbres, jouèrent avec de vrais outils, heureux comme des enfants.
Maman étend une lessive au grand air. Son petit garçon passe de l’autre côté du drap mouillé. Et l’aventure commence. L’enfant va cheminer, à rebours, le long du linge suspendu, rencontrant des lutins, un pêcheur, un chevalier avec armure et bannière, une tribu amazonienne… Finalement, effrayé par une bête préhistorique, il retrouvera le drap et la maman, simplement passée d’une pince à l’autre. Sur la dernière image, un détail brouille la frontière entre réalité et imagination.
En page de droite, sur des fonds de beaux tissus imprimés,
des vignettes en couleur (façon XIXe siècle) représentent
des animaux. En regard, sous le nom de chaque animal, les textes
oscillent entre une simple ligne et plusieurs paragraphes. Faussement
naturalistes, jouant sur les mots, ils renseignent, émeuvent,
donnent à penser : le lion serait d’autant plus majestueux
qu’il ignore sa royauté, le saumon voit la vie intérieure
en rose, le vieux renard n’est plus qu’usé (une
lettre s’en est allée), la vache regarde passer les
siens, etc. Quant au mammouth, il se conserve bien dans la glace
grâce à son épaisse toison.
Si Nabokov dans Littératures 1, distingue entre le loup au
coin du bois et le loup au coin d’une page, (p. 44) les Animaux
trouvés au coin d’une page se jouent de cet écart
avec élégance, pour le plus grand plaisir des amis
des hommes..
Publié pour la première fois en 1890, Un drame
bien parisien d’Alphonse Allais est un petit chef-d’œuvre
patrimonial. Le texte, véritable tour de passe-passe littéraire,
mystifie les lecteurs qui s’empressent de le relire à
la recherche d’un ressort caché. En vain !
Les images malicieuses de Christelle Enault ajoutent encore au charme
d’une histoire qui oscille entre humour et passion.
Faux émules du baron de Coubertin (« Plus vite, plus
haut, plus fort ».) et du Livre des records, Christian Bruel
et Gosia Machon en appliquent la philosophie à des activités
physiques improbables : la course cycliste sous-marine, la natation
synchronisée sur dromadaires, le lancer de biscuits, un concours
de détestation des pingouins, le labyrinthe sur piste, le
football à trois trous, etc.
Étranges et improbables sont les épreuves sportives
proposées par Gosia Machon dans cet album où la lecture
de chaque image varie selon le mot choisi en regard... lire étant
aussi un jeu étrange.
Sur les pages du cahier de gauche, apparaissent successivement des
Petits Chaperons rouges, plus futées les unes que les autres
; toutes regardent vers la droite. Sur chaque page du cahier de
droite, figure un loup nouveau regardant vers la gauche..Reste à
les associer deux à deux, à son gré. Et à
jubiler. Et, les plus jeunes découvrent que le contexte influe
sur la lecture d’une image : ainsi le même petit loup
qui se roule sur le dos en braillant pourra être perçu
comme étant terrorisé par le Chaperon-infirmière
et sa seringue… ou écroulé de rire quand il
est associé au Chaperon penchée dont on voit la culotte.
De plus, les petites vignettes figurant sur chaque double page suggèrent
des scénarios : par exemple l’innocente corde à
sauter + le loup à l’hôpital, couvert de bandages…
Un grand succès, épuisé depuis longtemps, disponible
dans un plus beau format relié.
Tifortou (soit les deux buveurs d’eau chaude de la chanson)
+ Touforti (idem) = quatre personnages, réunis à l’heure
du thé.Le principe de la collection Vis-à-vis étant
de multiplier les associations de planches en regard l’une
de l’autre, on fera se rencontrer, pour le plaisir, le couple
gorille/bébé et celui formé par le vampire
et le robot joueurs d’échecs, ou la sirène et
le marin avec le diable et l’ange, ou encore la dame et sa
télévision dans un capharnaüm. Audelà
du jeu d’association, les lecteurs pourront repérer
de nombreux fils rouges liant les planches entre elles : certains
sont manifestes (les cartes à jouer, la plume, etc.) d’autres
plus discrets (références à des civilisations
ou à la mythologie).
Enfin, les plus inventifs s’essaieront à inventer des
petites histoires pour chaque planche et à les confronter,
deux à deux.
L ’histoire est bien connue : la disette, le pauvre bûcheron,
les enfants abandonnés dans la
fôret, le chemin de petits cailloux, la sorcière poussée
dans son propre four…
Comme dans nombre des Contes des frères Grimm, nous ne sommes
pas dans une bluette : la marâtre exerce un ascendant morbide
sur un bûcheron veule qui consent à l’infanticide,
la petite fille geignarde, inféodée à son frère
ingénieux, se révèlera capable de tuer pour
le sauver, pour ne rien dire de la fin qui n’est pas si plaisante,
à y bien réfléchir.
Après un Peter Pan d’anthologie (Ed. Être), les
puissantes images de Susanne Janssen renouvellent et bouleversent
les représentations associées au conte de Grimm: les
oiseaux (ceux qui picoreront les miettes semées par Hänsel)
sont d’étranges machines baroques,
la sorcière fascine plus qu’elle ne repousse, etc.
Les grandes doubles-pages couleur, les linogravures inserrées
dans l’élégance de la typographie, la force
d’un texte au plus près de son âpreté
originale font de cet album un grand livre, dont les droits sont
déjà vendus…
en Allemagne!

Dans Du soir au matin… jusqu’au soir, l’enfant
évoqué, Loulou, est au bord du sommeil. Il ne figure
pas sur les images : nul ne peut savoir son âge et ni même
s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon
(petite acrobatie du texte !). Loulou est la figure absente du jeune
lecteur en personne dont le « doudou » préféré,
un certain Monsieur Chaussette (présent sur toutes les pages
à des tailles variées), organise l’endormissement
et met en scène la galerie des curieux personnages convoqués
pour tenir un rôle dans les rêves à venir de
Loulou. Et non seulement Monsieur Chaussette explique, tant bien
que mal, de quoi sont faits et à quoi servent les rêves,
mais il doit aussi en rassurer les acteurs qui doutent de leur existence
! Le continent de leur propre sommeil reste mal connu des adultes.
Et ce flou n’est pas pour rien dans l’inquiétude
des enfants peu informés sur cette « parenthèse
» qui constitue la moitié de leur jeune vie : les cauchemars
et les faux-rêves mièvres exceptés, que leur
dit-on, aux enfants, à propos de ce monde « pour de
faux » pourtant si réellement associé à
la construction de la personne. Notre fantaisie à propos
de l’endormissement est probablement l’un des tout premiers
albums à effleurer, pour des enfants jeunes, l’articulation
entre la vie diurne avec ses trésors quotidiens de découvertes
(et d’écorchures) et la vie nocturne où se réorganisent
les données ; l’une et l’autre vies étant
indissociables et nécessaires pour grandir du soir au matin,
jusqu’au soir…
« Bonne nuit, Loulou !
– Bonne nuit, toi aussi. »

Cette nuit-là, Jérémie découvre un bébé
blotti tout contre lui dans le lit : une petite fille, une vraie
! Trop heureux, il décide d'élever, en cachette, cette
soeur inespérée. Mais elle grandit bien vite. Le soir
même, elle a trois ans. Cinq dès le lendemain. Et bientôt
seize ans quand Jérémie n'en a toujours que huit !
Il supporte mal que la jeune fille sorte toutes les nuits pour ne
renter qu'à l'aube. Le pauvre Jérémie va devoir
accepter une dure loi : les filles, un jour, s'éloignent
de leurs pères.
Dans cet album, dessins et photographies entremêlés
ou superposés, brouillent leurs frontières comme y
est incertain l'écart entre imaginaire et réalité.
Nouveau format, nouvelle maquette, nouvelle allure pour cet album
qui avait connu un beau destin aux éditions Le Sourire qui
mord.

À treize ans (presque quinze, dit-elle), lors d'un séjour
à Venise avec une mère complice (qui lui emprunte
probablement ses jeans), une adolescente obtient le droit de se
promener seule, plus loin chaque jour. Elle rencontre un groupe
d'adultes pratiquant un jeu d'adresse : gagne celui dont la pièce
de monnaie glisse au plus près du bord d'un canal. Fascinée,
certaine de gagner, elle entre dans la partie sans se soucier de
l'enjeu réel (elle ne parle ni ne comprend l'italien). Elle
perd. Elle perd encore et encore. La partie terminée, l'adolescente
comprend alors, horrifiée, qu'elle doit deux heures de son
temps au gagnant ! Mais elle n'a que treize ans, dit-elle, «
Presque onze » ! Elle ne savait pas !. Une adresse est imprimée
sur un petit carton : elle doit s'y rendre dans cinq jours. Comment
sortir de cette situation sans dommages et sans rien en dire à
sa mère ?
Nouveau format, nouvelle maquette, nouvelle allure d'un album qui
avait connu un grand succès aux éditions Le Sourire
qui mord.